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Le Temps-6/10/2011
Pires violations des droits de l’Homme et atteintes à la vie humaine Ouattara, Soro, les chefs de guerre…,
jugés tôt ou tard L’histoire n’a jamais failli devant la justice. Shérif Ousmane ne va pas échapper.
On ne lance pas des mandats d’arrêts contre des personnes déjà aux arrêts.
Si Laurent Gbagbo et bon nombre de ses partisans sont en prison, à qui sont destinés les futurs mandats d’arrêts de la Cpi ?
Le lundi 3 octobre, le procureur de la Cour pénale internationale (Cpi) a été autorisé à enquêter sur des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre qui «auraient été commis par les auteurs
des violences ayant suivi l’élection présidentielle de novembre 2010» en Côte d’Ivoire. Une autorisation qui appelle une interrogation. Pourquoi la Cpi s’empresse-t-elle à satisfaire à la demande
d’Alassane Dramane Ouattara, lequel circonscrit la période des violences «à partir du 28 novembre 2010» ? Ouattara a-t-il peur que les crimes de ses partisans le rattrapent ? Assurément, la
diligence avec laquelle la Cpi traite
la demande de M. Ouattara est suspecte. En effet les crimes de sang en Côte d’Ivoire remontent à 2002. Si l’objectif de cette enquête est d’accéder aux demandes des parents des victimes qui
veulent voir les bourreaux arrêtés et punis par la loi, comme le confesse Alassane Dramane Ouattara et, si tant est que l’on cherche réellement les criminels de guerre et leurs commanditaires, la
période de 28 novembre 2010 ne suffirait pas. La bonne recherche devrait partir de 2002 date du déclenchement de la rébellion des Forces nouvelles. Mais avant ce triste 19 septembre 2002, il y a
d’abord eu cet appel encore retentissant d’Alassane Dramane Ouattara à ses partisans. «Je n’attendrai pas cinq (5) ans pour arriver au pouvoir. Si les gens veulent que ce pays soit ingouvernable,
je rendrai ce pays ingouvernable», avait menacé, déjà en 2001 à Korhogo, le président du rdr. Un an plus tard, la rébellion est passée à l’acte. Depuis septembre 2002, ce sont environ trois
millions de personnes qui ont perdu la vie. Tout cela, parce qu’Alassane Dramane Ouattara ne veut pas attendre «cinq ans pour arriver au pouvoir », là où la loi constitutionnel exige une attente
de cinq ans pour quiconque nourrirait l’ambition d’un destin national. Tous les conflits se règlent dans le sang dans les zones Cno, au nom d’Alassane Dramane Ouattara. Le Secrétaire général de
la rébellion des Forces nouvelles, Guillaume Soro, régente les zones centre, nord et ouest (Cno) du pays. Si ce dernier a réussi à se maintenir à la tête des factions Mpci, Mjp et Mpigo qui
composent les ex-rebelles, c’est à l’issue de plusieurs batailles. Des batailles fratricides contre Ibrahim Coulibaly, l’autre père de la rébellion en dissidence, qui ont coûté de nombreuses
vies. L’on se souvient encore de ces corps sans vie découverts entassés dans un conteneur à Korhogo. Accusés d’être de connivence avec Ibrahim Coulibaly, une centaine de jeunes recrues avaient
été étouffées dans un conteneur. La Cpi s’autorise à enquêter sur des crimes commis en Côte d’Ivoire, qu’elle ne s’embrouille pas. Elle aura toutes les références pour bien mener sa justice. Le
peuple ivoirien connait ses bourreaux depuis 2002. Ce pays n’aurait jamais connu la guerre et tous ses morts, si l’opposant Ouattara avait fait comme les autres opposants et avait voulu «attendre
cinq ans pour arriver au pouvoir». Cette soif de pouvoir nous amène en 2011 avec son lots de morts : beaucoup d’ivoiriens ont perdu et de nombreux d’autres continuent de la perdre quand ils ne
sont pas en exil forcé. Certes, c’est depuis 2002 que le peuple ivoirien réclame justice. Mais ce peuple peut se réjouir même si ce n’est que seulement le 23 juin dernier à la demande du
procureur que la chambre préliminaire III de la Cour pénale internationale fait droit à cette requête qui dans la forme donne le sentiment qu’il ne profite qu’aux autorités actuelles. Pourtant
ces derniers n’avaient pas hésité à traiter de « biaisés» et de «farfelus» les rapports des organismes internationaux des droits de l’Homme, Amnesty International, Humann rights Watch dans
lesquels ils avaient été épinglés. Au pouvoir depuis le 11 avril 2011 M. Ouattara et son premier ministre Soro jouent désormais dans un autre registre. De fait, ils sont dans les rôles
d’accusateurs et s’appuyant sur les «Nations unies», ils parlent de plus de 3.000 tuées pendant les violences après le scrutin. Soit! Or, il s’agit ici de rendre justice à des victimes qui
n’attendent que ça depuis longtemps quand on sait que les acteurs politiques soupçonnés sont les mêmes depuis une décennie. Il est difficile d’accuser Laurent Gbagbo alors que celui-ci continue
de porter plainte contre les agresseurs du pays qu’il dirigeait. Des agresseurs qu’il a identifiés pour les avoir appelés à plusieurs tables de négociation et pour les avoir intégrés dans ses
successifs gouvernements. Laurent Gbagbo ne saurait être dans la peau du bourreau, lui dont le pays a été agressé seulement deux ans après sa prise du pouvoir démocratiquement. Onze ans après, il
est inconcevable que par un simple jeu d’hypocrisie, les rôles changent, la victime devienne le bourreau et vice versa. Nous savons dès lors que M. Moreno Ocampo trahit un secret. “A partir
d’aujourd’hui, l’accusation (Ouattara-Soro, ndlr) va collecter des preuves de manière impartiale et indépendante, et dès que possible, nous présenterons nos dossiers devant les juges, qui
décideront qui doit être jugé”, a indiqué le procureur de la Cpi dans un communiqué qui pue le parti pris. Naturellement, au niveau des vainqueurs de la guerre personne ne se gêne pour saluer
cette décision qui débouche sur une nouvelle ère. “Nous n’avons aucune gêne, aucune crainte”, dixit le ministre ivoirien de la Justice, Jeannot Ahoussou Kouadio. Chez les Ouattara on trinque, le
maître des lieux voulait «ses» enquêtes il les a. Mais tout n’est pas forcément rose pour autant. Il y a un hic. Dans l’ordonnance de 86 pages, les juges estiment “une base raisonnable de croire
que les forces pro- Ouattara ont mené des attaques contre la population civile, notamment dans l’ouest du pays en mars 2011″, pendant l’offensive des Forces républicaines (Frci) d’Alassane
Ouattara menée à partir de la région de Duékoué. Selon les sources onusiennes, cette incursion punitive a fait au moins mille personnes tuées dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire en seulement deux
semaines, c’est-à-dire une semaine avant l’arrestation de Laurent Gbagbo et une semaine après sa déportation à Korhogo. Des preuves existent, il s’agit de ces fameux document présentés par les
avocats du président Laurent Gbagbo dans lesquels il est clairement montré que les forces pro- Ouattara prennent pour cibles des civils soupçonnés de soutenir Laurent Gbagbo. Dans ces mêmes
documents remis aux juges de la Cpi par les avocats de Gbagbo, il est clairement montré également, que les attaques étaient dirigées contre des «communautés ethniques spécifiques», ont indiqué
ces juges. Aucun acteur politique et militaire ne peut donc s’estimer à l’abri des poursuites judiciaires en Côte d’Ivoire. Si Ouattara et Soro et leurs comparses jubilent, ce n’est qu’une
question de temps. Le temps que le procureur recueille «les preuves nécessaires », pour demander des mandats d’arrêt aux juges. Mais peut-on encore arrêter une personne déjà aux arrêts ? Pour le
moment il n’y a que Laurent Gbagbo et ses partisans aux arrêts. A qui sont alors destinés les mandats d’arrêts que s’apprête à demander M. Moreno Ocampo ? La logique voudrait qu’ils soient lancés
contre les criminels en liberté. Suivez mon regard !
Bertina Soro