Le Nouveau Courrier
Tient-on là l’origine de la rumeur qui a envahi les réseaux sociaux et – forcément – les chaumières en Côte d’Ivoire et dans la diaspora, selon laquelle Simone Gbagbo devait être transférée de
manière imminente à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye ? En tout cas, ce «bruit» fait, selon toute évidence, suite à une annonce. Le juge Koné Mamadou du 10ème cabinet d’instruction
du tribunal d’Abidjan doit se rendre incessamment à Odienné (a priori lundi prochain), ville du nordouest de la Côte d’Ivoire où Simone Gbagbo est incarcérée. Si un flou artistique demeure sur
le cadre procédural de cette visite – Koné Mamadou a-t-il déjà ouvert une information judiciaire et inculpé Simone Gbagbo ou va-t-il à Odienné pour substituer un de ses collègues d’un autre
cabinet ? –, et si l’on ne peut pas écarter du revers de la main toute autre thèse, y compris celle d’un transfèrement à La Haye, ce mouvement vers Odienné pourrait être motivé par une sorte de
panique au sommet. En effet, depuis le 31 octobre dernier, la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a rejeté les exceptions d’incompétence et
d’irrecevabilité soulevées par l’Etat de Côte d’Ivoire dans la procédure qui l’oppose à la Défense de Simone et Michel Gbagbo. «La Cour a ainsi fait droit aux conclusions de la Défense de
Madame Simone Ehivet Gbagbo et de Monsieur Michel Gbagbo, avant de remettre immédiatement l’affaire en délibéré. Elle rendra donc sa décision sur la légalité et la régularité de la détention de
Madame Simone Ehivet Gbagbo et de Monsieur Michel Gbagbo dans les geôles de Côte d’Ivoire, ainsi que sur la demande de libération immédiate de ces derniers, pour violations de leurs droits de
l’Homme et des règles de droit international», explique ainsi, dans un communiqué parvenu à la rédaction du Nouveau Courrier, leur avocat, Maître Ciré Clédor Ly. Qui ajoute que l’audience
relative à cette affaire devrait être délocalisée d’Abuja à Ibadan (Nigeria), et avoir lieu le 12 décembre 2012. C’est vraisemblablement pour donner l’illusion du mouvement et influencer la
Cour de justice de la CEDEAO que le régime Ouattara, à travers son bras armé judiciaire, s’agite. Une fois de plus, tout cela se passe dans le mépris total des droits des prévenus. Maître
Clédor Ly note ainsi que «la Défense a appris tardivement et officieusement qu’un magistrat de Côte d’Ivoire pourrait se rendre à Odienné dans les 72 heures pour un interrogatoire de la
première Dame, alors que les avocats de cette dernière n’ont reçu aucune convocation régulière, conformément au Code de procédure pénale ivoirien». Selon nos sources, la visite du juge Koné
Mamadou devait avoir lieu mercredi dernier, dans la plus grande opacité. Elle a finalement été repoussée, sans pour autant que la procédure sorte du «maquis». Pour mémoire, la Cour de justice
de la CEDEAO a été saisie en août 2011 par la Défense de la famille Gbagbo. Le 23 mars dernier, elle avait pris une décision faisant injonction à l’Etat de Côte d’Ivoire de prendre toutes les
mesures nécessaires pour préserver la vie de Michel Gbagbo, dont l’état de santé était particulièrement préoccupant suite à une piqûre de scorpion. Cette décision avait été interprétée par la
Défense et des observateurs comme devant équivaloir à une remise en liberté pure et simple, dans la mesure où les conditions d’incarcération du fils aîné de Laurent Gbagbo constituent en
elles-mêmes des facteurs de risques pour sa vie.
Théophile Kouamouo