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Des prisonniers politiques kurdes mènent une grève de la faim collective dans les prisons turques depuis maintenant 46 jours. Ce mouvement a d'abord rencontré l'indifférence avant de commencer à intéresser médias et responsables politiques ces derniers jours. Après un mois et demi, la santé des grévistes se fait plus précaire. L'Association des Droits de l'Homme (IHD) rapporte des violences et des maltraitances contre ces prisonniers.
Selon le parti pro-kurde BDP (parti pour la Paix et la Démocratie),
776 prisonniers sont en grève de la faim dans 58 prisons du pays. 63 d'entre eux l'ont entamée le 12 septembre (date anniversaire du coup d'Etat de 1980) et 79 la semaine suivante. Parmi les
grévistes plus récents figurent deux députés, Faysal Sariyildiz et Gülseren Yildirim, élus aux législatives de 2011 mais interdits de siéger pour leur implication présumée dans l'organisation
KCK, l'administration parallèle kurde, ainsi que le maire de Van, Bekir Kaya.
Mercredi, à la veille de la fête musulmane du sacrifice,
le ministre de la Justice, Sadullah Ergin, a rendu une visite inattendue à des grévistes incarcérés dans une prison d'Ankara, et les a appelés à mettre fin à leur mouvement.
« Pour le bien de votre
corps, de votre santé, de vos familles qui pensent à vous: renoncez à cette action », a déclaré le ministre. Le gouvernement
est sous pression.
Les militants kurdes réclament le droit à l'éducation en langue kurde
ainsi que le droit d'utiliser cette langue dans les tribunaux. A chaque audience du procès politique du KCK, ouvert depuis 2009, les avocats des accusés réclament ce droit d'une défense dans la
langue maternelle des accusés. Le ministre de la Justice a déclaré que le gouvernement envisageait une telle réforme.
L'autre revendication concerne, comme souvent, le leader
du PKK, Abdullah Öcalan, emprisonné sur l'île d'Imrali depuis 1999. Son sort provoque régulièrement manifestations et violences. Après être resté plus de 200 jours isolé sans pouvoir recevoir de
visites, « Apo » a pu rencontrer son frère et ses avocats. Les grévistes de la faim réclament la fin de son confinement. « Nous demandons de pouvoir nous rendre à
Imrali », a réclamé vendredi le co-président du BDP, Salahettin Demirtas.
Cette grève illustre aussi l'impasse dans laquelle la
« question
kurde » se trouve aujourd'hui. Un rapport très complet réalisé par l'International Crisis Group et paru en septembre donne
une idée de l'état du conflit.
« Depuis 30 ans, tous les moyens
politiques ont été épuisés sans succès. L'AKP continue sa politique d'assimilation et de déni de l'identité kurde », estime
Asiye Kolçak, une responsable du BDP à Istanbul qui estime à 8 000 le nombre de prisonniers politiques kurdes en Turquie. Le premier ministre Erdogan a laissé entendre que son gouvernement était
prêt à reprendre les négociations entamées en 2010 à Oslo avec le PKK. Le conflit qui oppose l'armée turque à la guérilla et qui a fait plus de 45.000 morts depuis 1984, connaît une phase
extrêmement violente depuis les élections législatives de juin 2011 et l'attaque de Silvan menée le 14 juillet 2011 par le PKK, considérée comme un tournant.
Les grèves de la faim collectives sont une vieille
pratique de la gauche révolutionnaire turque (et kurde) et ont fait 134 morts entre 1996 et 2007, dans des mouvements de protestation contre l'isolement carcéral. Des centaines d'autres détenus
ont gardé des séquelles. La grève de la faim, explique Metin Bakkalci,
président de la fondation de droits de l'homme TIHV, est « un cri lorsque tous les autres moyens
d'expression sont coupés ».
Cet hiver, un mouvement similaire avait été observé par
400 prisonniers le 15 février, jour anniversaire de l'arrestation d'Abdullah Öcalan. En 2000, l'Etat turc avait brutalement mis fin à l'une de ces « jeûnes de la mort », suivi par des centaines de prisonniers dans une vingtaine prisons dont celle d'Ümraniye, à Istanbul. Lancée par des militants d'extrême
gauche, la grève de la faim avait été brisée par cette opération cyniquement baptisée « retour à la vie » (hayata dönüs).
Source: Blog Le monde