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Toute déviation est sévèrement réprimée. Le caractère absolutiste de cette théocratie détermine le conditionnement absolutiste des mœurs. Et pourtant, aux yeux de Messieurs Hollande et Fabius, Abdallah Ier, reprenant l’expression de notre Ministre des Affaires étrangères, mérite bien d’être sur terre. Ce qui ne serait pas le cas de M. Al-Assad que l’on devrait réduire à s’appeler Bachar et envoyer, le plus vite serait le mieux, en enfer … Le degré de mérite dépendant directement des intérêts poursuivis par nos très sages dirigeants, il y a fort à parier que l’arabisation de M. Hollande n’a rien de fortuit.
On sait ainsi de source sûre que l’axe qatari jusque là privilégié par M. Sarkozy sera dorénavant négligé. L’Arabie Saoudite ne porte pas le Qatar dans son cœur ou plutôt, il le méprise. Pensez donc ! Peut-on comparer le marché saoudien avec ses 25 millions de consommateurs au marché qatari, astreint à l’humble chiffre d’à peine deux millions ? En effet, que ce soit en matière d’aviation ou en matière d’environnement, les échanges se développent à tire-d’aile. Trois contrats extrêmement rentables sont sur le point d’être signés tels que les Sawari visant à moderniser quatre frégates saoudiennes dérivées de nos La Fayette. L’engagement de la France à se lancer dans la construction d’un TGV reliant La Mecque à Médine, même s’il a échoué parce que le contrat avait été remporté par des Espagnols, ne témoigne que de l’immense implication de l’Hexagone dans l’économie saoudienne. Il est clair que les relations économiques n’ont ni âme, ni parti et que, partant de là, l’Arabie Saoudite est un partenaire comme un autre. Cela étant, il est non moins vrai que certains types de relations impliquent certaines obligations faisant cette fois appel tant au code déontologique qu’au bon sens. Depuis l’ère Sarkozy, la France semble faire fi de ces deux piliers qui pourtant définissent l’image d’un Etat. Les conséquences sautent aux yeux.
De un, Riyad est flatté de voir en la France son allié contre le Président syrien. Dès lors que la France, à supposer que cela arrive, renonce à alimenter le conflit, on s’imagine quelle serait la riposte saoudienne qui interpréterait la défection française comme un acte de traîtrise avéré. Et que constate-t-on ? M. Fabius veut armer les rebelles syriens.
De deux, on sait pertinemment avec quelle animosité, quelle véhémence les pétromonarchies, l’Arabie Saoudite à leur tête, traitent la question iranienne. Le nucléaire iranien leur donnerait, j’insiste sur ce côté conditionnel, des nuits blanches. Pas le nucléaire surdéveloppé d’Israël que l’Arabie a littéralement en horreur ! La raison en est des plus simples : la cause militaire en dissimule une autre, celle-ci d’ordre essentiellement religieuse cristallisée autour du monopole de la Mecque. Le paradoxe veut donc que sans y adhérer la France s’immisce dans une cause qui lui est étrangère. Le paradoxe veut aussi qu’elle y prenne une part des plus suicidaires puisque Riad rêve de voir la France bombarder les centrales nucléaires de l’Iran, donc, de l’utiliser à des fins particulièrement périlleuses.
L’Iran ayant le sens de la souveraineté, son ayatollah, Ali Khameinei, a fini par déclarer la France son ennemi numéro trois : « En dehors des USA qui sont le principal ennemi de l’Iran et le centre de toutes ces machinations, il existe d’autres ennemis y compris le mauvais gouvernement anglais qui ne fait que suivre le gouvernement états-unien. La République islamique d’Iran n’a pas de problèmes avec le gouvernement et le peuple français, mais le gouvernement français a adopté une politique hostile contre la nation iranienne ces dernières années, notamment après l’élection de Nicolas Sarkozy, et cette politique erronée et insensée continue (…) ». Je crois qu’il n’y a rien à rajouter, la concision de l’ayatollah tenant à la parfaite clarté de ses motifs.
La France saute dans le brasier tout en attirant à sa suite l’Etat hébreu dont il ne restera strictement rien si Téhéran passe à l’acte. Cette énième maladresse est en plus dénuée de toute logique juridique puisque la campagne anti-iranienne ne s’appuie que sur des hypothèses paranoïaques du type « et si l’Iran enrichissait son uranium jusqu’à 90 % ? ». Et si Israël daignait signer le Traité sur la non-prolifération que l’Iran a quant à lui signé ? Mais il ne le fait point et curieusement cela n’indispose personne.
Bref, nous voyons déjà à quel point la France s’égare en exécutant les impératifs de l’Arabie Saoudite qui, même étant un partenaire assez irrésistible, ne sera jamais au grand jamais son allié au sens plein du terme. Bien plus, contribuant à la destruction d’Etats jadis parfaitement portants et souverains par excellence, la France entache son image tout en compromettant son avenir.
Pour ce qu’il en est de sa réputation dans le contexte de l’affaire syrienne, le gouvernement français s’est déjà rendu coupable de crime contre l’humanité, parce qu’il ne faut pas hésiter à appeler les choses par leur nom. Que dire de l’attitude d’un pays qui viole froidement et systématiquement l’article 2 de la Charte des Nations, jouant sur les ambigüités du Chapitre VII décrivant les mesures à entreprendre en cas d’atteinte notable à la sécurité internationale ? Idem pour ce qui est de la violation de l’Article 35 de la Constitution de la Vème République obligeant le gouvernement à soumettre sa décision au Parlement et, au moyen d’un référendum, à la nation. Rien de cela ne fut fait.
La France a en fait épousé la cause de l’agresseur violant la dimension humaine, même si celle-ci est généralement absente en politique. « C’est un comble de l’ironie, relève André Chamy, avocat et sociologue, que la France tienne en même temps à être présente dans toutes les réunions des amis de la Syrie ! Ce pays peut très bien se passer de son amitié ». Vous savez, cette amitié me fait songer aux accolades de M. Sarkozy avec ce doux rêveur qu’était Kadhafi et qui, se représentant fort mal l’Occident, n’hésitait pas à dire « c’est mon fils » en parlant d’Obama ou de notre ex-Président. Comment ne pas en venir, passant par là, au baiser de Judas ?
Enfin, même d’un point de vue géopolitique, notre pays est allé trop loin, beaucoup trop loin. Vous n’êtes certainement pas sans savoir que l’ASL est pour une bonne partie composée de tchétchènes suffisamment aguerris lors des deux dernières guerres du Caucase. Une fois le Syrie démontée à l’instar de l’Irak ou de la Lybie, ces fameux boévikisregagneront la Russie mais déjà en qualité d’islamistes confirmés, les mains entachés de sang. D’une façon analogue, la présence de djihadistes français dans les rangs des rebelles n’augure rien de bon pour notre pays puisque ces gens-là regagneront tôt ou tard nos banlieues. L’Arabie Saoudite, en serait-elle autrement plus chagrinée que ne l’est le Qatar ? Je ne crois pas.
La France ne sait plus choisir ses alliés. L’inhumanité des politiques en vigueur aujourd’hui mariée à de faux calculs pourraient nous coûter aussi cher que la partielle naïveté de Kadhafi a coûté à la Lybie.