"Le racisme a toujours existé, mais les étudiants étrangers étaient mieux protégés sous Ben Ali"
Shaynacarter (pseudonyme) est étudiante congolaise, elle habite l’immeuble où a eu lieu l’altercation et a filmé l’arrestation de son voisin. Elle habite en Tunisie depuis cinq ans.
Tout a commencé avec une altercation entre un chauffeur de taxi tunisien et un habitant sénégalais de mon immeuble, qui est aussi un de mes amis. Il m’a expliqué qu’il s’était fait
traiter de "guera guera" par le chauffeur, c'est-à-dire singe, et de là une bagarre a éclaté. Le chauffeur a sorti un bâton pour le frapper, mon ami l’a récupéré ensuite pour le
battre à son tour, puis ils ont été séparés et mon ami est parti de son côté. Tout ça s’est passé à deux pas de notre immeuble. Le taxi est ensuite revenu en bas du bâtiment où habite
le Sénégalais, il était accompagné de plusieurs personnes munies de bâtons et de pierres qui se sont attaquées à la façade de l’immeuble. Or, il se trouve que l’appartement de mon ami
ne donne pas sur la rue et qu’il n’était même pas chez lui !
Il n’arrêtait pas de répéter "Mais c’est moi qui vous ai appelés ! Et vous voulez m’embarquer !"
J’habite au deuxième étage. Quand nous avons entendu du bruit nous nous sommes tous penchés par la fenêtre. C’est alors qu’ils ont vus que nous étions tous noirs et se sont mis à
proférer des insultes racistes. Ils n’ont pas atteint ma fenêtre avec les projectiles mais ont brisé celle de l’appartement du premier étage. L’étudiant qui y habite a donc appelé la
police. Puis, il est descendu pensant que les policiers allaient lui venir en aide. Très rapidement les choses ont basculé, la police s’est adressée à lui comme s’il était à l’origine
des violences. Il s’est mis sur la défensive et n’arrêtait pas de répéter "Mais c’est moi qui vous ai appelés ! Et vous voulez m’embarquer !". Tout ça sous les yeux des agresseurs qui
se trouvaient à quelques mètres, toujours munis de leurs bâtons et qui ne cessaient de l’insulter. D’après ce que j’ai entendu, la police lui a demandé de venir au commissariat pour un
contrôle. Finalement, il a été traîné de force dans la voiture, comme on le voit sur la vidéo. [Selon Raoul Fone, ancien Président de l'Association des étudiants et stagiaires africains
en Tunisie, dans ce type d’altercations, il arrive aussi que la police emmène immédiatement la personne agressée pour la protéger, ce qui pourrait être le cas ici]. À 0’33 secondes, on
voit qu’il reçoit un coup de bâton de la part d’un des hommes présents. [Le policier repousse l’assaillant mais ne l’interpelle pas].