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Canada. L'ex "rebelle" ivoirien n'a pas été déporté

Le Nouvelliste

Abou Fofana

Abou Fofana n'a pas été déporté comme cela était initialement prévu, ce jeudi. Sa femme, Geneviève Trottier, en a été avisée tard mercredi soir. Lorsque Le Nouvelliste l'a contactée, tôt hier matin, elle n'y comprenait rien.

Elle croit que la déportation aura tout de même lieu, mais qu'elle est simplement reportée. C'est la confusion la plus totale dans ce dossier.

Fofana incarcéré

La situation est encore plus cruelle et angoissante pour la famille d'Abou Fofana puisque le ministère de Citoyenneté et Immigration Canada et l'Agence de services frontaliers du Canada ont choisi de priver le père de famille de ses derniers moments dans la résidence familiale en compagnie de sa femme Genviève Trottier, enceinte de jumeaux, et son fils de 16 mois, Adama.

En effet, lors d'une rencontre avec l'Ivoirien de 31 ans, qui s'est déroulée mercredi à Montréal, les agents de l'AFSC ont décidé de le placer en détention provisoire pour s'assurer qu'il soit bien présent pour son vol de déportation à destination de la Côte d'Ivoire, initialement prévu jeudi matin à 6 h 30.

En soulignant qu'ils craignaient que le principal intéressé prenne la fuite, les agents de l'AFSC ont donc transféré M. Fofana au centre de détention des réfugiés à Laval pour y passer la nuit.

Comme Mme Trottier n'a pas effectué le trajet jusqu'à Montréal, puisqu'elle n'était pas convoquée à la rencontre, elle n'a pas eu la chance de lui faire ses adieux en bonne et due forme. «Ils n'avaient aucune raison de faire ça. C'est tout simplement de l'abus de pouvoir de leur part. Ce n'était pas assez de l'expulser, il fallait qu'ils nous volent nos derniers instants ensemble. Ils viennent encore de démontrer qu'ils n'ont pas de coeur», rageait-elle, mercredi.

Elle a néanmoins pu le voir quelques instants, mercredi soir au centre de détention pour réfugiés. C'est alors qu'elle a été avisée du report de la déportation de son mari.

Du côté de l'ASFC, on explique que la procédure de déportation permet de détenir quelqu'un de façon provisoire dans trois cas, soit que la personne «constitue un danger pour le public», soit qu'il y a un doute sur l'identité de la personne ou encore «s'il y a lieu de croire que l'individu ne se présentera pas aux procédures d'immigration».

La Cour fédérale dit non

Démolie par la tournure des événements, Geneviève Trottier s'accrochait en espérant une réponse positive de la Cour fédérale pour la demande de sursis formulée par son mari. Encore une fois, la décision s'est fait attendre avant de finalement tomber comme une tonne de briques sur la mère trifluvienne.

La Cour a en effet refusé de permettre à Abou Fofana de demeurer au Canada jusqu'à la naissance de ses jumeaux, en août prochain. Mme Trottier était d'ailleurs en entrevue avec Le Nouvelliste lorsqu'elle a appris la terrible nouvelle. «La Cour a dit non...», a-t-elle laissé tomber avant de fondre en larmes.

Mince espoir

Malgré la déportation qui doit devenir réalité aujourd'hui, un mince espoir permet à la famille de s'accrocher. Les Fofana-Trottier sont toujours en attente d'une réponse en lien avec appel logé auprès de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié afin de faire réviser la demande de résident permanent qui a été rejetée à la fin du mois de mai.

Le couple saura au début du mois de juillet si l'appel pourra être entendu. Si tel est le cas, les audiences devraient se tenir trois mois plus tard, soit en octobre.

Rappelons que la CISR a refusé d'accorder le statut de résident permanent à Abou Fofana en raison des liens qu'il a entretenus avec les Forces nouvelles, considérées comme les forces rebelles pendant la guerre civile qui sévit depuis une dizaine d'années en Côte d'Ivoire. On accuse l'Ivoirien de 31 ans d'avoir participé à des crimes de guerre, sans pour autant formuler des preuves précises sur les crimes qu'il aurait commis.

D'un autre côté, M. Fofana se défend d'avoir participé à quelque crime que ce soit. Il explique avoir simplement travaillé pour les Forces nouvelles en tant que menuisier pour la construction de hangars et aussi comme agent à la frontière pendant le conflit civil.

Par ailleurs, le père de famille trifluvien est également le père d'un jeune garçon qui demeure toujours en Côte d'Ivoire avec sa conjointe de l'époque. À chaque mois, M. Fofana et sa conjointe expédient de l'argent dans sa ville d'origine pour soutenir son fils.

Vincent Gauthier

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