Christophe Darmois, directeur général de la société camerounaise pour tous appareillages mécaniques
(Socatam), filiale de la française Tokheim, remet au goût du jour les vieilles pratiques du temps de l’esclavage.«Le Noir ne meurt pas de stress. Il meurt plus sûrement de famine, de misère et
de maladie. Le Négro, il meurt plus sûrement d’un coup de pied au cul.» Ainsi parle Christophe Darmois, le Français de la néocoloniale des comptoirs français d’Afrique aux employés recrutés
dans son entreprise, la Socatam, société camerounaise pour tous appareillages mécaniques.
De quels matériels mécaniques parle-t-on ? Il s’agit de pompes à essence, des compresseurs, et tout le bataclan de l’équipement pour dépôts pétroliers et autres stations d’essence. Dans l’environnement, la boutique s’occupe aussi d’équipement de prévention en matière d’incendie, ça vend au Cameroun des équipements anti-feu. Mais bon, depuis qu’il existe des stations d’essence au Cameroun, depuis la veille des indépendances, on n’a jamais entendu qu’une seule essencerie a pris feu, ni à New-Bell en pleines villes mortes, ni à Garoua ou à Ngaoundéré.
A en croire une évaluation du Président du conseil d'administration de la société, l’entreprise perdait il y a quatre ans encore plus de 300.000 euros par an,
soit près de 200 millions de francs Cfa environ qui représenteraient 30 % de son chiffre d’affaires. L’entreprise en était alors à l’article de la faillite. Selon le même Pca, l’arrivée de
Christophe Darmois a permis de redresser la barque et de regagner la confiance des clients qui commençaient à être désabusés. Christophe Darmois serait donc le sauveur rêvé à la tête d’une
entreprise qui a renoué depuis une saison avec les bénéfices.
Tel n’est cependant pas l’avis des employés de la maison qui grommellent sans arrêt et multiplient des grèves.
Ange ou démon ?
Pour les employés, une trentaine au total, qui ont observé un énième mouvement de grève en juin dernier, Christophe Darmois serait plutôt le diable en personne que tente de couvrir le Pca, Paul Pedeprat. Le chapelet des griefs contre le directeur général est long à égrener. Alors qu’on annonce une progression notable du chiffre d’affaires de l’entreprise, la gestion au quotidien laisse à désirer. La trésorerie est en permanence tendue, ce qui entraîne comme conséquence des retards à répétition dans le paiement des salaires et des grèves récurrentes. Les fournisseurs doivent tirer la langue pour se faire payer les factures en souffrance. Ainsi, au 10 mai 2012, la dette fournisseurs de l’entreprise s’élevait à 700 millions, certains fournisseurs doivent attendre douze mois pour se voir régler des factures pourtant payables 60 jours fin de mois selon les conventions. Conséquence, ceux-ci exigent désormais des paiements au comptant avant toute livraison.
Ce n’est pas encore tout. Le matériel importé qui est essentiel aux opérations de l’entreprise reste souvent de longs mois en rade à la Douane. Christophe Darmois allègue des problèmes de trésorerie. Mais pendant ce temps, il s’offre des villégiatures au Tchad, pour des raisons personnelles, aux frais d’une entreprise qui a dangereusement mal à ses caisses. Les employés qui sont traités comme des bêtes de somme doivent se plier à la tâche sans leur équipement de protection individuelle, souvent sans un outillage adapté. Mais ils doivent se rendre sur les chantiers comme ils peuvent. Les véhicules de service sont en plan dans des garages pour non paiement des factures de réparation.
Avec force arguties, le Pca, qui est conscient des dangers qu’il fait courir aux employés obligés de travailler sans les équipements de protection, arme une réponse à dormir debout. Pour lui, les équipements de sécurité ne seraient pas disponibles sur le marché. On a passé des commandes en janvier, et les équipements n’ont été livrés qu’en juillet, soit plus de six mois plus tard. Simplement impensable. Le directeur général a pourtant son idée toute personnelle sur la question. Aux employés qui revendiquent leur équipement de sécurité, il répond, pinces sans rire : «Vous êtes trop bien lotis ici. Ailleurs, on utilise une paire de chaussures de sécurité, une tenue de travail pour quatre ou cinq personnes…» Pour un Blanc raciste et abruti, les nègres se ressemblent tous, conséquence tous les employés de Socatam devraient chausser la même pointure et porter les mêmes tailles. Darmois ne fait pas mentir le constat : plus un Blanc est bête, plus il est raciste. L'inverse est aussi vrai. Le racisme est le signal d'une bêtise enfouie.
Dans le même temps, alors que les employés s’exposent à des accidents et peinent à être payés, le directeur général lui se la coule douce. En plus d’une
rémunération de prince, sa villa à Douala coûte 1,1 million tous les mois et va passer à 1,3 million. Il a droit à une indemnité de 400 mille francs pour l’électricité, l’entreprise paye
presque autant pour son siège… Pour l’entretien de son domicile, Christophe Darmois se paye 300 mille de plus, alors que sa voiture de location coûte 1,3 million chaque mois. Sans compter les
frais de scolarité de ses enfants qui sont pris en charge par l’entreprise.
Non content des risques qu’il fait courir aux employés sur les chantiers, le directeur général a eu la méchante idée de ruser avec la police d’assurance pour la couverture maladie. A tout bien
prendre, le directeur général coûte à lui tout seul 100 millions au bas mot à l’entreprise, le dixième du chiffre d’affaires de l'entreprise.
Le Pca qui ne tient pas à lâcher son compatriote avance une explication farfelue aux employés qui viennent de s’apercevoir qu’ils ne sont pas couverts. A ce qu’il paraît, Christophe Darmois a décidé de «changer d’assureur et pas de courtier.» Pourquoi on change d’assureur et pas de courtier ? Il faut se creuser les méninges pour comprendre. Dans ces jongleries, «le chèque pour solder les primes de l’exercice 2010 à l’ancien assureur a été remis au courtier qui a choisi de payer des avances au nouvel assureur», dixit Paul Pedeprat. Dantesque.
Christophe Darmois en est décidément à prendre tout le monde pour des demi-portions. Lorsqu’un assuré change d’assureur, le contrat d’assurance est d’office résilié et l’assureur n’est plus tenu de rembourser quoi que ce soit. On se demande bien où on a vu qu’un assureur qui n’a plus un client dans son portefeuille en est à exiger des moratoires pour être payé. C’est à dormir debout avec la Socatam.
La vérité est cependant ailleurs. Pour Darmois, un nègre ne meurt pas de stress, il peut aussi accomplir des tâches ingrates sans avoir besoin d’assurance. La preuve, alors qu’il est lui-même assuré plein pot, il a décidé avec son «nouvel» assureur de réduire de 10 % le taux de couverture des employés pour le ramener à 90 %.
Incompétence et malversations
A Socatam, il ne recule devant aucune manigance astucieuse pour s’arrondir les fins de mois ou pour se faire de l’argent de poche. Quand on en est à ruser de la sorte avec l’argent d’une jeune entreprise, on centralise tout sur soi, de peur qu’on ne se fasse prendre. Lorsque Darmois est en déplacement, la société peut cesser de fonctionner. Les bons de commande, les bons de carburant, les pièces de caisse et même les salaires sont gelés et attendent le retour du grand seigneur. Le conseil d’administration de la société a pourtant prévu des procédures de délégation de pouvoirs, mais Christophe Darmois passe allègrement outre. Il n’est surtout pas question de confier la plus petite responsabilité à des collaborateurs nègres, peu importe qu’ils soient directeur des ressources humaines, chef comptable ou responsable de département. C’est le propre de tous les nouveaux colons qui jouent aux omnipotents pour bien masquer leurs incompétences.
Pour masquer ses incompétences, il prend un malin plaisir à licencier à la pelle. Les employés de Socatam vivent en permanence dans la peur de se faire virer. La raison d’un licenciement, Christophe Darmois ne se fatigue pas d’en trouver. «Vous êtes tous des trous de cul», est le seul compliment qu’il sert à longueur de journée à ses employés. Un trou de cul, ça se vire comme un malpropre. Et Darmois sait s’y faire. Récemment encore, alors qu’il compte une dizaine de licenciements abusifs à son actif, il a entrepris de faire la peau à deux employés de la maison, le chef comptable et le chef magasinier. Le directeur général a une astuce simple. Il accable l’employé de tous les maux avec le secret espoir que l’employé va lui-même prendre la porte à force de subir des humiliations. Pendant ce temps, au quartier il promet du travail à des amis de ses réseaux, quitte à sacrifier des cadres qui cumulent dix années d’une expérience concluante dans la maison. Lorsqu’il a épuisé son registre d’insultes, il accable le personnel de vol de stocks. Cette fois, il est plutôt mal tombé. Les employés, bien conseillés, ont suggéré la commission d’un audit externe pour établir la vérité. Mais Darmois ne veut pas entendre parler d’audit, même si celui-ci était payé par les employés eux-mêmes qui souhaitent laver leur honneur et lever toute équivoque. Pourquoi Christophe Darmois a-t-il peur d’un audit ? Il a certainement chapardé lui-même les stocks et peur d’être démasqué. Avec un négrier blanc, on ne peut jurer de rien. Mais il n'en est pas au bout de ses peines. Dans notre prochaine édition, nous reviendrons sur ses combines à la Douane et sur ses réseaux de fausses facturations dans l'entreprise.