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Le Temps-
La déportation du Président Gbagbo à la prison de la Haye a indigné le continent noir en premier lieu. Aujourd’hui, ce sont les chefs d’Etat qui évitent pratiquement le
«hyper Président».
La situation n’était guerre reluisante avant le kidnapping et la déportation du Président dans la prison de la Haye. Entre notre très bien aimé Président et ses homologues africains, c’était une
sorte de «je t’aime, moi non plus.» Ce n’est pas qu’ils avaient de la haine pour Ouattara. Mais seulement une manière de se tenir un peu à l’écart d’un pouvoir qui s’est offert mains et pieds
liés à l’Hexagone. Evidemment, la jeunesse africaine qui aspire à plus de démocratie et d’indépendance dans les nouveaux rapports du continent avec l’Occident, ne le porte pas dans son cœur. Car
il ramène l’Afrique aux années 1960. Depuis l’investiture hyper-spectaculaire de Yamoussoukro, en présence de Sarkozy le parrain officiel, plus rien. Rares sont les Présidents africains qui osent
s’aventurer au bord de la lagune Ebrié, comme si la destination Abidjan leur posait problème. Alors qu’au même moment, Ouattara ne fait que le tour du continent africain. Quels sont les pays
qu’il n’a pas encore visités sur le continent ? Il n’en reste qu’une poignée. Il n’y a pas de semaine sans que la Côte d’Ivoire n’apprenne que le «Hyper Président» s’est envolé pour un autre
pays. Quand on sait qu’en diplomatie, c’est celui qui se déplace qui est le demandeur, on comprend tout… Et le pouvoir, visiblement mis mal à l’aise par les railleries de l’humour abidjanais qui
le traite «Président international», avait bien avant la déportation du Président Gbagbo à la Haye, décidé de mener une vaste campagne autour de ces visites à l’étranger. «La Côte d’Ivoire va
tirer un grand profit dans ces voyages à l’étranger du Président», s’est alors expliqué sans convaincre, Kablan Duncan, le ministre des Affaires étrangères. Jusque là, les ivoiriens ruinés par
plusieurs années de crise attendent impatiemment d’être simplement mouillés par la pluie des milliards. Mais ce qui gêne aujourd’hui le pouvoir d’Abidjan, c’est le sentiment de colère qui ne
cesse de monter dans tous les palais africains après la déportation du Président Gbagbo à la Cpi. Ils voient dans cette opération qui sent parfaitement les méthodes mafieuses, une volonté
clairement affichée par Paris de recoloniser les pays africains. Et cela avec brutalité et des manières dignes de l’esclavage. La différence étant que cela se fait sous le couvert d’une prétendue
opération de défense des Droits de l’Homme. Dans toutes les capitales du continent, il est notoirement su que Paris est le maître d’œuvre de l’enlèvement de Gbagbo. On reproche alors à Ouattara
de ne pas avoir eu le courage de dire non à Sarkozy qui voulait par tous les moyens, brandir Gbagbo comme un trophée de guerre. Les Libyens l’on fait. Alors pourquoi pas la Côte d’Ivoire ? En
fait, «l’Hyper Président» et son parrain ne sont pas sans savoir la capacité de mobilisation de Gbagbo. A Abidjan, malgré toute la fraude organisée à grande échelle, Gbagbo a gagné à plus 55% des
voix. Ouattara et Sarkozy craignaient donc d’ouvrir son procès dans la capitale ivoirienne. Car ses millions de partisans pourraient envahir les rues de la capitale pour réclamer sa libération.
Ce qui explique en grande partie sa déportation précipitée à la Haye. Aujourd’hui, ses rapports avec ses homologues africains qui n’étaient même pas bonnes se sont de plus en plus dégradés. Dans
le milieu diplomatique abidjanais, il se raconte que plusieurs palais du continent très en colère refusent désormais de prendre Ouattara au téléphone.
Guehi Brence (gb02063193@yahoo.fr)