Le Temps-
Même en prison, le Président Gbagbo s’invite en grand, dans la campagne pour la présidentielle en France. C’est une grande première dans l’Empire en pleine campagne pour la présidentielle. Jamais dans l’histoire de la France en pleine fièvre électorale, un Président d’un pays africain n’a été aussi omniprésent dans la campagne. Et ce sont tous les gros calibres qui se sentent finalement concernés par cette affaire qui au bout du compte, dépasse Nicolas Sarkozy le metteur en scène. Plus un jour, sans que le nom Gbagbo ne soit cité dans la campagne en France. Et chacun y va de sa manière, selon ce qui l’arrange. Car même en France, à des milliers de kilomètres de la Côte d’Ivoire, Gbagbo attire des voix. Il fait aussi vendre, et fait vivre. A droite par exemple, la branche la plus dure incarnée par Marine Le Pen, la candidate du Front nationale ne manque pas d’occasion pour dénoncer l’intervention de Sarkozy en Côte d’Ivoire. En qualifiant souvent Ouattara de «gentille dictateur» qui doit être transféré devant la Cpi. La fille du père ne s’empêche pas en plus de dénoncer la déportation du Président Gbagbo dans la prison de La Haye. Mais l’une des plus grandes frondes anti-Sarkozy vient surtout de la gauche. Il y a certes l’action des communistes. Ils sont même les premiers après le départ de Gbagbo dans la prison onusienne à parler de «déportation ». Il y a en plus Jean Luc Mélenchon, le candidat montant qui ne cesse de grimper dans les sondages au grand étonnement de toute la clase politique française. Il est connu comme un grand leader au discours direct qui ne s’embrasse pas d’ambigüité. C’est bien lui qui a tenté de rappeler au Ps que la «France a raté une occasion de démocratiser la Côte d’Ivoire avec Gbagbo». Ça veut bien tout dire. Et le candidat du Front de gauche ne s’arrête pas là. Il ajoute même que Ouattara doit être transféré devant la justice internationale. Car il est bien convaincu que c’est son camp qui a commis les crimes imputés à Gbagbo dans cette affaire. Evidemment, au sein du Ps qui voyait le Président Gbagbo d’un mauvais oeil, le discours a aussi changé. En fait avec le temps, la perception de la crise ivoirienne a changé là-bas à la rue Solferino. C’est pourquoi Koffi Gnamgname, le Monsieur Afrique de François Hollande le candidat socialiste donne des sueurs froides au pouvoir d’Abidjan. L’homme ne manque plus de tancer Ouattara et Sarkozy. Sur la prétendue réconciliation nationale telle que menée par le pouvoir, l’homme de main de Hollande indique qu’elle est mal conçue. Il appelle même ouvertement à la libération du Président ivoirien déporté dans la prison de La Haye. Mais ce qui va encore plus mettre Sarkozy très mal à l’aise, c’est la sortie des Français d’origines africaines. Ils sont plusieurs milliers disséminés dans toute la France. Ils constituent donc un corpus électoral non négligeable. Le samedi 14 avril, ces Français d’origines africaines se sont sous la houlette de l’écrivain Calixte Béyala, organisés en une association baptisée Congrès du mouvement des Africains Français. Et son discours est bien clair. Le «dimanche 22 avril, les Africainsfrançais voteront d’une seule et même voix lors de la présidentielle pour le candidat de gauche ou de droite, qui répondra de manière claire aux doléances des
Plus un jour, sans que le nom Gbagbo ne soit cité dans la campagne en France. Et chacun
y va de sa manière, selon ce qui l’arrange.
Africains-français et prendra des engagements pour le Maf. En ce sens, notre candidat est François Hollande». Fait alors remarquer Calixte Beyala qui dirige ce mouvement. Derrière cette organisation, il y a bien l’effet Gbagbo. On connaît cet écrivain franco-camerounais comme une grande admiratrice du combat du Président Gbagbo. Ce mouvement qu’elle dirige veut donc faire porter la voix des Africains-français dans ce débat. En pensant bien entendu à la situation de la Côte d’Ivoire et de la Lybie. Des pays dans lesquels Sarkozy a installé le chaos. Des menaces qui ont été prises au sérieux dans le camp de Sarkozy. Car la maison prend l’eau de toute part. Le candidat de l’Ump a donc appelé Ouattara à la rescousse. Histoire de mobiliser les Français-africains pour la plupart originaires de la sous région. Surtout des pays comme le Mali, le Burkina, la Guinée. En fait, tout le monde sait que les ressortissants de ces pays se reconnaissent en grande majorité en Ouattara. Ce sont d’ailleurs eux qui font le plus de bruit dans la capitale française en se faisant passer pour des militants du rdr. C’est ce qui justifie le départ précipité de Karamoko Yaroro, le président des jeunes du rdr en France. Malheureusement, son séjour français a été un véritable fiasco. Car ne mobilise pas en France qui veut. Mais bien plus, la plupart des Français ont déjà fait le deuil du pouvoir Sarkozy. Ce dernier traine aujourd’hui l’affaire Gbagbo comme de grosses casseroles qui font beaucoup de bruit à ses pieds. Partout où il passe, il est rattrapé par son action en Côte d’Ivoire. Durant plusieurs week-ends, la diaspora africaine parmi laquelle se trouve un grand nombre de Français-africains a des meetings à son Qg de campagne dans la ville de Paris. Quasiment une autre grande première dans l’histoire des campagnes électorales en France. Mais Sarkozy n’a pas le choix. Il est obligé de faire avec. Tout compte fait, une chose est sûre. Le temps viendra où il en voudra à Ouattara.
Guehi Brence
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