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Un poème satirique osé, quelques minutes de direct sur une chaîne allemande et un énorme scandale politique qui met Berlin en porte à faux et l'oblige à choisir: d'un côté la liberté d'expression, une des valeurs principales du monde civilisé, de l'autre les réclamations coléreuses d'Ankara de poursuivre l'humoriste.
Il n'a fallu à la chancelière allemande qu'un entretien avec son homologue turc Ahmet Davotoglu pour faire son choix. Un poème "sciemment insultant", tel fut le verdict d'Angela Merkel. Une enquête judiciaire contre Jan Böhmermann pour "lèse-majesté" a alors été ouverte.
Mais hier, s'exprimant à l'issue d'une rencontre avec les représentants des Etats régionaux à Berlin, Mme Merkel a fait volte-face. La chancelière s'est livrée à une brève auto-critique et a admis avoir commis une "erreur" lorsqu'elle a qualifié le poème de "sciemment insultant".
Le commentaire ne concernait toutefois que sa première réaction à ce sketch. Angela Merkel regrettait seulement le fait que ce commentaire ait pu être vu comme une "appréciation personnelle".
"Avec le recul, c'était une erreur", a estimé Mme Merkel, jugeant en outre que ce commentaire avait pu donner l'impression que "la liberté d'opinion et la liberté de la presse n'étaient plus importantes".
La chancelière a également ajouté qu'il est "toujours aussi juste" d'autoriser les poursuites voulues par Ankara à l'encontre de l'humoriste Jan Böhmermann, auteur de la satire contre le président turc.
L'humoriste Jan Böhmermann, qui se plaît à commenter de manière provocatrice l'actualité, avait signé le 31 mars un texte, lu en direct sur la chaîne de télévision publique ZDF, dans lequel il traitait Recep Tayyip Erdogan de pédophile et de zoophile.
En dépassant ouvertement les bornes et en allant en conscience au-delà de ce que le droit allemand autorise, le comique entendait démontrer par l'absurde combien le pouvoir turc avait eu tort de s'attaquer à un autre texte, une chanson diffusée 15 jours plus tôt à la télévision allemande et critiquant la remise en cause des libertés publiques en Turquie.